Beaucoup de sous-officiers, comme d’officiers d’ailleurs, sont issus d’écoles militaires. Durant la durée de leurs formations les soldats vont apprendre à devenir des sous-officiers, et à l’issue de leurs promotions, ceux qui seront reçus, seront affectés à un régiment, les autres auront le choix de terminer leurs engagements, ou de quitter l’armée. Les cours qu’ils reçoivent sont les mêmes que l’on trouve dans le civil pour la partie générale, plus les cours proprement militaire. Les élèves sous-officiers vont devoir apprendre la discipline, le commandement, à prendre des responsabilités, et à l’issu de leurs promotions ils se verront remis le grade de sergent.
Comme dans toutes collectivités, dès la première semaine des cours des groupes se forment entre les recrus, certains sont très vite des meneurs, et derrière eux se regroupent ce qu’on appel les suiveurs. Cependant ils sont tous sur le même pied d’égalité, seules leurs notes et les différents examens qu’ils vont passer tout au long de leurs promotions fera la différance.
La plupart de ces élèves sous-officiers ont des parents militaires mais ils ont tous ce point en commun, ils ont fait le choix de suivre une carrière militaire.
Très vite certains prennent leurs marques, ils suivent les cours sans difficulté, d’autres ont plus de mal à s’intégrer, tentent de surmonter les difficultés à suivre leurs cours et perdent des fois pied.
L’élève sous-officier Didier Dubois fait parti de ceux-là, il a beaucoup de mal à s’intégrer, ainsi qu’à garder la moyenne dans ses cours. Ses supérieurs ne le voient pas arriver à terminer la promotion, il a déjà été convoqué deux fois pour lui proposer d’autres options, mais l’élève sous-officier Dubois reste déterminé à suivre sa formation jusqu’au bout. Il y met de l’ardeur, malheureusement malgré tous ses efforts il se fait distancer par ses camarades de promo. Il réussit quand même à obtenir son CME (Certificat Militaire Elémentaire), ça en a surpris plus d’un, lui le premier peut-être, en tout cas ça l’a re-boosté et il est encore plus déterminé à aller jusqu’au bout. Mais plus le temps passait et plus il prenait du retard sur les autres, certains avaient déjà abandonnés l’école, mais Didier Dubois tenait à continuer malgré tout.
Un matin il est convoqué dans le bureau de son chef de section, sans doute encore une réprimande qu’il va devoir subir, Dubois frape à la porte du bureau :
« Entrez. » Retentie une voix forte.
Dubois ouvre la porte et entre, il se met au garde à vous, salut, et comme c’est de tradition, se présente :
« Elève sous-officier Dubois, vous m’avez fait demander mon adjudant-chef ? »
« Oui Dubois, vous avez encore brillé hier, FOMEC vous connaissez ? »
« Fond, Ombre, Mouvement, Eclat, Couleur, mon adjudant-chef. »
« Donc vous avez une bonne mémoire, mais alors pourquoi hier vous portiez un teeshirt blanc sous votre treillis ? Vous portiez également des lunettes de soleil ! Et pour couronner le tout vous marchiez en ligne de crête ! FOMEC n’est pas qu’une formule mnémotechnique, il faut aussi savoir la mettre en pratique. On ne devrait plus avoir à vous dire qu’un teeshirt blanc se repère de très loin, les éclats de soleil dans vos lunettes encore plus, mais votre ombre faisait plus de dix mètres, et oui, Dubois on ne devrait plus avoir à vous le dire ça. »
« Autant pour moi, ça ne se reproduira plus mon adjudant-chef. »
« Il n’y a pas que ça Dubois, je viens de consulter votre dossier, je sais que vous donnez votre maximum, mais nous arrivons aux épreuves de stratégie et votre bonne volonté ne suffira sans doute pas. Ces épreuves sont couteuses en hommes et en matériel, il n’est peut-être pas nécessaire de gaspiller l’argent des contribuables, nous savons tous les deux quelle en sera l’issue. »
« Mais si je ne réussis pas cette épreuve je ne peux pas obtenir mon CM1 mon adjudant-chef ! »
« Effectivement, mais soyons réaliste Dubois, quelles sont vos chances de réussir ? »
« Elles sont minces je le sais, mais je surmonterai l’épreuve. »
« Vous vous acharnez à continuer malgré tout, c’est tout à votre honneur mais vous allez foirer cette épreuve comme le reste, et faire perdre du temps à tous ceux qui vont devoir vous assister. »
« Je n’ai pas toujours été à la hauteur mon adjudant-chef, mais je vous prouverai que je peux réussir. »
« Je ne peux pas vous interdire de participer à cet examen, mais je vous averti que je ne vous ferai pas de cadeau ! Allé rompez, je vous ais assez vu ! »
Dubois salut l’adjudant-chef, fait un demi-tour, et sort du bureau.
Il est assez éprouvé, il sait très bien au fond de lui-même que cette épreuve de stratégie est au delà de ses compétences, mais s’il échoue il peut dire adieu à ses galons de sergent, ça serait un échec de plus dans sa vie, et ça Dubois en a assez, il est déterminé à réussir.
En retournant rejoindre sa section il croise l’un de ses camarades qui lui demande où il était :
« Je viens de me faire passer un savon par l’adjudant-chef. »
« Qu’est-ce que tu as fait encore ? »
« Ho rien, il veut simplement que je laisse tomber l’épreuve de stratégie. »
« Si tu laisses tomber tu ne seras jamais serpate, en même temps si tu laisses tomber ça t’évite de te ramasser, il parait que c’est hard comme épreuve. »
« Je le sais, mais j’irai jusqu’au bout. »
« Cette année ça sera dans le cadre des manœuvres inter-régiments, nos objectifs vont être balaises ! A ta place moi je laisserais tomber, tu es caporal, tu peux te faire muter quelque part et te la couler douce pour finir ton engagement. »
« Tu es payé par l’adjudant-chef pour me faire abandonner ou quoi ? »
« Non mais regardes les choses en face Dubois, là où tu n’es pas mauvais tu es carrément nul ! Tu vas te ramasser ! Moi j’ai des bien meilleures notes que toi et je ne suis pas sûr de réussir. »
Mais rien ni personne ne peut dissuader notre élève sous-officier, il a accumulé les échecs depuis son entrée dans l’école mais il est bien déterminé à démontrer à tous qu’il en est capable.
La semaine suivante chaque élève tire au sort un numéro, ce numéro correspond à un dossier dans lequel ils trouvent l’objectif à atteindre et ce dont ils disposent pour mener à bien la mission. Ils ont dix jours pour se préparer, cette épreuve est multiple, ils vont être tout d’abord notés sur leur stratégie, mais également sur la réalisation sur le terrain, ainsi que sur la discrétion dont ils doivent faire preuve, c’est un travail strictement individuel, ils ne doivent en aucun cas en parler entre eux. Si leurs supérieurs apprenaient qu’ils partagent leurs informations ils seraient automatiquement disqualifiés. Dubois suit à la lettre les consignes, et il a le sentiment de faire un travail exemplaire. Sa mission est placer des explosifs fictif (fumigènes se déclenchant en imitant le bruit d’une explosion, sensés représenter de véritables explosifs) dans le dépôt de carburant d’une base de l’ALAT, cette base est bien protégée et difficile d’accès, mais Dubois remarque que sur le coté nord de la base il y a une opportunité, cette partie donne sur une falaise d’une vingtaine de mètres qui devrait être possible d’escalader avec les six hommes qui lui sont attribués. Il compte prendre le même chemin pour repartir en descendant en rappel, il prévoit d’être récupéré avec ses hommes par un camion qu’il dispose dans un petit canyon qui a cinq différentes sortie, dont deux qui donnent dans les bois, c’est l’une de ces deux sortie qu’il prévoit de prendre, bien qu’elles soient l’une et l’autre à l’opposé du lieu où il doit se rendre après l’opération. Mais comptant sur le fait que les hélicoptères de l’ALAT vont le chercher de l’autre coté il rentrera tranquillement à allure normal à travers bois et rejoindra la route nationale bien loin du théâtre des opérations.
C’est assez fièrement qu’il va présenter sa stratégie à son instructeur, mais au lieu des félicitations aux quelles il s’attendait, c’est la douche froide !
« Vous réalisez Dubois que vous n’avez pas une chance sur mille de réussir votre mission en vous y prenant de la sorte ?! »
« Mais mon lieutenant j’utilise une faiblesse du terrain pour m’infiltrer avec mes hommes… »
« Ce n’est pas une faiblesse du terrain ça ! C’est une difficulté du terrain au contraire ! »
~2~
« C’est pour cela que cette partie du camp sera bien moins gardée que le reste… »
« Et pour cause ! Vous comptez vous infiltrer dans une base de l’ALAT en escaladant une falaise de plus de vingt mètres, et de nuit en plus, soyez réaliste, vous faites prendre des risques aux hommes sans garantie de résulta, de plus votre chemin de replie est stupide ! Enfin c’est votre stratégie, menez la à bien, mais je vous averti que s’il y a un accident ça sera sous votre responsabilité, je vous mets une note de réserve, si vous échouez ça sera éliminatoire. »
« J’en ai conscience mon lieutenant. »
Dubois expose son plan à ses hommes, cinq soldats et un caporal, ils ont une semaine pour s’entrainer et voir ensemble les différents points de la mission. Puis il remet un ordre de mission à un autre élève sous-officier qui sera chargé de le récupérer en camion avec ses hommes, mais celui-ci n’est pas d’accord avec lui.
« Quoi ?! Tu veux que je t’attende dans ce coupe gorge ?! Mais t’es pas bien dans ta tête toi ? Je t’attendrai à la sortie. »
« Non, c’est après la mission que je saurai avec certitude quelle sortie on va prendre, tu dois m’attendre en bas, à cet endroit bien précis. » Dit-il en pointant son doigt sur la carte.
« Je serai noté aussi sur mon travail dans ta mission, et je ne veux pas avoir une mauvaise note à cause de toi, je t’attendrai à la sortie, si tu es à l’heure bien sûr, je ne veux pas être fait prisonnier à cause de ton incompétence. »
« Mais je te dis que ça va dépendre du déroulement de la mission pour savoir par où on va sortir, c’est stupide de devoir faire demi-tour si on sort par un autre coté ! Attends-nous à ce point précis. »
Mais le caporal-chef Tirondo, qui devrait finir en major de la promotion, est dur à convaincre, il ne prend pas du tout au sérieux son camarade. Ce fils de commandant n’a pas envie de se voir mal noté à cause de la stratégie douteuse de Dubois, bien qu’il n’ait connaissance que de la partie d’extraction du lieu des opérations, il se doute bien que Dubois ne réussira pas sa mission.
Le jour J Dubois et ses hommes sont déposés a deux Kilomètres de là, dans la plus grande discrétion ils se rendent jusqu'à leur objectif, c’est dans un silence complet qu’ils escaladent la vingtaine de mètres qui le séparent du sommé. Puis ils passent sous le grillage de clôture, grillage qui est là plus comme sécurité pour empêcher quelqu’un de tomber que d’empêcher quelqu’un d’entrer. Toujours en silence ils se faufilent tous, sauf un qui est resté à la falaise pour préparer les cordes pour la descente en rappel. Chacun sait ce qu’il a à faire, ils savent que cette mission est importante pour Dubois, mais en prime, ils auront une permission exceptionnelle de dix jours en cas de réussite, autant dire qu’ils donnent leur maximum. Dans l’obscurité de la nuit ils disposent chacun leurs explosifs, puis se regroupent pour quitter les lieux sans faire plus de bruit qu’à leur arrivée. Tous sauf Dubois et un soldat descendent en rappel, Au cas où il y aurait un problème pour activer les explosifs, ils seraient encore sur place pour y remédier. C’est avec une certaine émotion que le caporal Dubois actionne la télécommande, aussitôt c’est un feu d’artifice qui retentie, et aussitôt Dubois et le soldat resté avec lui descendent à leur tour en rappel.
Mais une fois en bas le caporal qui l’accompagne lui demande :
« Où est le camion ? »
« Il devrait être là ! Je lui ais dit de nous attendre à cet endroit bien précis ! Il aurait dû arriver pendant qu’on plaçait les explosifs. »
Les hommes se séparent pour essayer de trouver le camion qui doit les ramener à la caserne. Mais ne le voit pas !
Le caporal-chef Tirondo ne voulait pas prendre de risques inutiles, il s’était positionné à la sortie du canyon en précisant au chauffeur du camion :
« Si on les attend ici ils vont devoir courir un peu pour nous rejoindre mais on gagne du temps pour dégarnir, et son idée de passer par les bois dans l’autre sens ne tient pas debout, en passant par cette route nous n’auront que dix bornes à faire pour être en ville, je lui sauve la mise pour sa mission, si toutes fois il ne se plante pas avant. »
~3~
Mais dans les trente secondes qui ont suivies les explosions la sirène de la base s’est mise à retentir, Dubois et ses hommes devaient quitter les lieux sans perdre de temps ! C’est donc par le chemin qu’il avait prévu de prendre qu’ils se replient, mais à pied.
De son coté Tirondo prend la décision de ne pas les attendre, car une fois l’alerte donnée les militaires de l’ALAT vont réagir très vite. Le camion s’engage sur la route à toute allure, seulement il est très vite repéré par un hélicoptère qui le force à s’arrêter. Le caporal-chef Tirondo, le chauffeur, et deux soldats qui les accompagnaient sont fait prisonnier et ramenés au camp.
Ne sachant pas se qu’il venait de se passer Dubois et ses hommes marchent d’un bon pas à travers bois sans utiliser leur lampes torches pour ne pas être repérés. C’est vers six heures du matin qu’ils arrivent dans un petit village, les hommes sont épuisés par la marche forcée et le manque de sommeil, en voyant un bus s’arrêter à son arrêt Dubois décide de le prendre.
« T’es fou ! On ne va pas prendre le bus en tenue de combat et avec des armes en plus ! » S’exclame le caporal qui seconde Dubois.
« A la Guerre comme à la Guerre, nous devons rejoindre la caserne au plus vite, à cette heure-ci il n’y a pas grand monde dans le bus, c’est ça ou trente bornes à pied. »
Ils embarquent donc dans le bus et rejoignent la ville, de la gare routière il ne leur reste plus grand-chose à marcher pour arriver à la caserne. Ils vont rendre leurs armes à l’armurerie et chacun retourne dans ses quartiers.
Mais le caporal Dubois est tout de suite convoqué dans le bureau de l’adjudant-chef, il s’attendait à recevoir des félicitations pour la réussite de sa mission, mais bien au contraire ce sont des réprimandes.
« Mais enfin Dubois qu’est-ce qu’il vous a pris ? Vous êtes vraiment un incapable ! »
« Je ne comprends pas mon adjudant-chef, la mission est pourtant une réussite. »
« Ha vous trouvez vous ? Quatre hommes fait prisonnier c’est une réussite pour vous ? »
« Nous sommes tous rentrés sains et saufs mon adjudant-chef… »
« Vous oui, mais le caporal-chef Tirondo et ses hommes se sont fait prendre par l’ALAT à cause de votre incompétence ! »
« Je ne comprends pas, ils n’étaient pas là pour nous réceptionner… »
« C’est vous qui ne les avez pas rejoint au point de reliment, encore une fois vous n’en avez fait qu’à votre tête, où étiez-vous ? »
« Nous avons pris le chemin de replie convenu à pied puisque le camion n’était pas où je devais le retrouver, vous pouvez voir sur mon plan de… »
« Oui j’ai lu votre plan de bataille, une stratégie sans queue ni tête, vous êtes parti en direction opposée de la caserne, faire un tel détour n’était pas très judicieux ! Le caporal-chef Tirondo avait pris la bonne décision en vous attendant là où la logique voulait que vous vous rendiez. »
« Justement c’est cette logique que je voulais éviter car l’ALAT s’attendait sans doute à ce qu’on prenne ce chemin de replie et… »
« Ça suffit Dubois ! Remettez votre rapport en stipulant que vous ne vous êtes pas rendu au point de reliment convenu, à cause de vous Tirondo risque de ne pas être major de la promotion, il serait dommage qu’il soit pénalisé à cause de votre incompétence ! »
Dubois est décomposé, s’il met dans son rapport que c’est lui qui a fait une erreur il peut dire adieu a ses galons, mais la stratégie n’était qu’une des épreuves, il y en a encore bien d’autres qu’il est loin d’être sûr de réussir, alors que Tirondo a toutes ses chances lui. Même si c’est bien lui qui n’a pas voulu suivre son plan et qui s’est mis tout seul dans l’embarra.
Dubois le fait à contre cœur ce rapport, il stipule en effet qu’il n’a pas pu rejoindre le point de reliment à temps et qu’en voyant l’hélicoptère survoler la zone il a préféré prendre un autre chemin. Il n’a même pas eu de remerciement pour ce geste, au contraire il a même été la risée des autres élèves. Cependant sa mission première ayant été réussie, il a quand même obtenu une note suffisante, mauvaise note, mais suffisante.
Malgré tout il est de moins en moins apprécié par ses supérieurs, il se retrouve souvent de garde, pas comme chef de poste bien sûr, mais gradé de poste, le suppléent, celui qui reste en poste la nuit pendant que le chef de poste dort à poing fermés.
~4~
Suite à une nuit de garde il est envoyé sur le terrain de pour rejoindre une équipe de transmission, un camion le dépose sur la route et le sergent-chef lui dit :
« L’équipe se trouve à deux kilomètres dans cette direction, tiens voila les coordonnées. »
Et le camion repart en le laissant sur le bord de la route, Dubois suis les instructions, malgré la fatigue et le manque de sommeil qui se fait lourdement sentir il essai de garder un bon pas en se disant qu’une fois arrivé il va pouvoir prendre un peu de repos. Sur le terrain dans un petit groupe c’est plus convivial qu’à la caserne, on se tutoie en général, on fait des photos souvenirs, la discipline est bien moins stricte. Mais en arrivant il ne trouve personne, il y a bien des trace de leur passage mais de toute évidence ils se sont déplacés. Il lance donc un appel radio pour avoir d’autres informations sur sa destination.
« Attention PC de Delta Bravo 67. »
« Ici PC je vous écoute Delta Bravo 67. »
« Je me trouve à la position du relais radio Bravo Tango 4 Golf mais il n’y a personne. »
« Donnez-moi votre position Delta Bravo 67. »
Dubois donne les coordonnées que le sergent-chef lui a remis, il attend un petit moment pendant que le PC vérifie, puis le rappelle :
« Attention Delta Bravo 67 de PC. »
« Ici Delta Bravo 67 je vous écoute PC. »
« Ce sont les coordonnées d’hier que vous m’avez donné, ils ont fait mouvement ce matin, si vous suiviez les instructions vous ne vous seriez pas perdu. »
« J’ai suivi les instructions qu’on m’a donné. »
« Ne vous cherchez pas d’excuse, vous n’êtes pas là où on vous attend c’est tout, faites mouvement pour les rejoindre au plus vite et vous vous expliquerez avec votre autorité à votre arrivée. »
Le PC lui donne les nouvelles instructions et Dubois doit repartir pour une marche de plus de cinq kilomètres pour les rejoindre la position réelle du relai de transmission. Tout au long du chemin la fatigue est de plus en plus pesante, bien souvent il a envie de s’assoir quelques minutes pour faire une pause, mais il ne doit pas perdre de temps alors il tente de résister à la fatigue, et bien sûr c’est en retard qu’il rejoint l’équipe des transmetteurs. Dès son arrivée un le chef de transmission lui fait des reproches :
« Ça fait quelques heures que nous vous attendions. »
« Toutes mes excuses mon adjudant, on m’avait remis une mauvaise position… »
« Alors d’une dans l’armée on ne s’excuse pas, et de deux on assume ses responsabilités, vous ne vous êtes pas rendu à la bonne position, assumez, vous serez de garde cette nuit. »
« Mais mon adjudant j’étais de garde la nuit dernière déjà ! »
« Ça ce n’est pas mon problème caporal, mais dites-vous bien que si vous faisiez un meilleur travail vous ne seriez pas aussi souvent de garde. »
Et pour une seconde nuit consécutive Dubois enchaine un nouveau tour de garde, il est extenué, il résiste autant que possible au sommeil, mais aux alentours de quatre heures du matin sa résistance atteint ses limites. C’est à six heures et demie que le sergent le réveille avec une douceur tipiquement militaire :
« Et alors Dubois ! C’est l’heure de dormir ? »
Dubois se réveil en sursaut, et se fait sermonner une fois de plus, premièrement par le sergent et ensuite par l’adjudant.
Dans la matinée le poste de campagne doit encore se déplacer, au moins cette fois-ci il ne sera pas obligé de rechercher la nouvelle position. Dans un premier temps ils replient le camp, puis en tout dernier lieu le matériel de transmission. Les soldats commencent par replier l’antenne, ce travail se fait au sol, il faut donc la coucher en souplesse. Ils sont trois à tenir chacun un hauban pour la coucher doucement sur le sol, mais Dubois trébuche dans le sac à dos du sergent et tombe, l’antenne par de coté et l’un des radians se casses en touchant le sol.
« Couille de loup tu ne peux pas faire attention ! » S’exclame le sergent.
« Ce n’est pas ma faute, ce sac était… »
« Ce n’est jamais ta faute ! Assumes un peu, c’est bien toi qui a lâché l’hauban non ? »
~5~
Plus tard, de retour à la caserne, le sergent-chef Gautier, adjoint au chef de section, le sermonne à son tour :
« Dubois vous avez encore excellé dans la médiocrité, vous accumulez les boulettes dans tous les domaines mon pauvre, d’une vous vous pommez sur le terrain, puis vous pioncez pendant votre tour de garde, et pour couronner le tout vous cassez du matériel. »
« Chef je peux vous expliquer… »
« Epargnez-moi ça voulez-vous ? Vous avez toujours une bonne raison à mettre sur le tapis pour tenter de justifier de votre incompétence, le CM1 approche et vous êtes loin d’avoir la moyenne, ce n’est certainement pas comme ça que vous le décrocherez. »
Chaque jour ou presque Dubois se fait réprimander pour une chose ou une autre, quoi qu’il fasse il y a toujours quelque chose qui ne va pas, pourtant il ne se décourage pas et met de l’ardeur à faire son travail. Mais lorsqu’on est victime d’une réputation elle grandit et vous colle à la peau, et si quelque chose est mal fait ça devient automatiquement la faute de Dubois.
L’examen final approche, les élèves sont stressés, surtout ceux qui sont en dessous de la moyenne. Et le jour des résultats ils sont nombreux a attendre avec anxiété l’affichage, tous sauf Dubois qui ne se fait plus aucune illusion. Il va quand même voir les feuilles épinglées au tableau d’affichage, il peut y lire la plupart des noms de ses camarades de promotion mais n’y voit pas le sien. Soudain son cœur se met à battre ! Il n’en croit pas ses yeux, en avant-dernière position, en bas de la dernière page, il lit « Sgt Dubois Didier. » il relit même pour en être bien sûr, c’est bien son nom qui est inscrit ! Ses efforts ont tout de même payés, il a été reçu, à sa grande surprise en encore plus à celle de ses camarades.
« Je ne sais pas si tu as eu du bol ou s’ils t’ont fait un cadeau. » Lui dit Tirondo qui a toujours un mot pour taquiner les autres.
Plus tard c’est son chef de section qui le prend à part :
« Félicitation Dubois, vous voila sous-officier, j’espère que vous ne nous en tiendrez pas rigueur de vous avoir secoué un peu, mais il a fallu vous bouger pour vous faire avancer, enfin vous avez fini par le décrocher votre CM1, bravo, mais ne vous endormez pas pour autant sur vos lauriers, ce n’est pas fini, bien au contraire ça ne fait que commencer, j’espère que vous serez à la hauteur de nos espérances. »
« Je ferai le maximum pour ne pas vous décevoir mon adjudant-chef. »
« Ça serait bien si vous faisiez un peu plus que votre maximum. » Conclu l’adjudant-chef en plaisantant.
A présent va venir la cérémonie de remise des galons, puis chacun va recevoir son affectation. Les meilleurs, ceux qui sont en haut de la liste, auront la possibilité de la choisir, pour les autres, ils prendront ce qu’il reste.
A chaque promotion c’est un peu un casse-tête pour les officiers chargés de repartir ces nouveaux sous-officiers, il y a souvent un excédent qu’il faut bien caser quelque part. Arrivé au dossier de Dubois le lieutenant Valence pousse un profond soupire :
« Qu’est-ce qu’on va faire de lui ? Je ne sais pas comment il s’est débrouillé à passer mais maintenant on l’a sur les bras ce bœuf. »
Le capitaine Déchant tend la main pour prendre le dossier de Dubois, il le parcourt rapidement et fait une petite grimace.
« Ça m’a l’air d’être un parfait abruti en effet, donnons-lui un poste sans importance, on a toujours besoin de sous-off à des postes que personne ne veut, fourrier par exemple, s’il se plante en comptant des pulls on s’en fiche. »
Le lieutenant Valence compulse son ordinateur et se retourne vers le capitaine :
« Oui, on peut l’envoyer en Lorraine, à Lunéville, au 53 ème RT. »
« Parfait, le voila casé, transmettez-leur son dossier. »
Lorsque le tout nouveau sergent Dubois reçoit sa nouvelle affectation il ne saute pas vraiment de joie, il aurait bien aimé une autre affectation cependant il est tellement content d’avoir réussit qu’il s’en contente. Devant ses camarades il fait bonne figure en expliquant qu’il est ravi de partir en Loraine, que son boulot là-bas va lui convenir, et qu’il espère bien y faire carrière.
« L’hiver il fait froid en Loraine. » Lui dit Dutilleux, qui lui est affecté dans le sud, à Fréjus.
~6~
« Oui bien sûr, mais je vais bosser à l’intérieur, et puis c’est une super belle région. »
Avant de se rendre sur leurs nouvelles affectations les jeunes sergents ont dix jours de permission, Dubois se rend dans sa famille, comme la plupart d’entre eux il part en uniforme avec ses galons de sergent rutilants cousus sur ses manches. Son père n’est pas peu fier d’aller le chercher à la gare.
« Alors fils, tu as fini par y arriver, je suis fier de toi tu sais. »
« Merci papa, je n’en étais pas sûr tant que je n’aie lu mon nom sur le tableau d’affichage tu sais. »
« Moi je savais que tu y arriverais, tu n’es peut-être pas dans les meilleurs, mais tu arrives toujours à t’en sortir fiston. »
Ce jour là c’est la fête à la maison des Dubois, puis le lendemain c’est la fête avec ses copains, certains sont contents, d’autres lui reproche un peu d’être militaire, mais tous le félicite de sa réussite.
Deux semaine plus tard il se présente au poste de garde du 53 ème régiment de transmission à Lunéville, il est accompagné par un caporal qui lui fait faire son parcourt d’entrée, ils passent par différents services, et dès le lendemain matin il commence ses nouvelles fonction de sergent-fourrier.
Ce n’est pas un travail bien compliqué, il est chargé de la gestion des stocks d'habillement, il a sous ses ordres un caporal et quatre soldats et son supérieur est un adjudant-chef qui attend patiemment l’âge de la retraite. Quand il se présente à celui-ci il n’est pas si bien accueillit qu’il s’y attendait.
« Sergent Dubois, je viens d’être affecté dans votre service mon adjudant-chef. » Dit-il en entrant dans le bureau.
« Dubois, je viens de lire votre dossier militaire, ce n’est pas très brillant, je vois que vous accumulez les erreurs. »
« Je vous assure mon adjudant-chef que je fais de mon mieux… »
« C’est bien là le problème Dubois, si vous êtes au maximum de vos capacités je ne vais pas pouvoir espérer une amélioration, ne croyez pas qu’on se la coule douce ici, vous faites sans doute parti de ceux qui pense que ce boulot est sans importance, mais si les hommes n’ont pas le bon matériel c’est la débâcle ! Je compte sur vous pour vous reprendre et changer un peu, je vous préviens que je ne vous ferai pas de cadeau si vous merdez. »
« Je serai à la hauteur mon adjudant-chef. »
Le sergent Dubois prend son travail à cœur, mais il ne peut pas être partout, et chaque erreur commise par ses hommes lui est imputé. Très vite les reproches fusent, si un soldat se retrouve avec une mauvaise taille de pantalon automatiquement il s’exclame :
« C’est encore Dubois qui s’est planté ! »
Et Dubois inlassablement tente de rattraper l’erreur, mais tant que les hommes qu’il a sous ses ordres ne prennent pas leur travail au sérieux, les erreurs s’accumulent. Le sergent Dubois ne veut pas pour autant prendre de sanction en leur encontre, mais entre des hommes qui se foutent de leur travail, et un caporal qui ne pense qu’à quitter ce service pour aller en compagnie de combat, Dubois ne peut quasiment compter que sur lui-même.
Avec les temps il s’organise et parvient, tant bien que mal, à gérer le stock convenablement.
Deux ans passent, le sergent Dubois est toujours au même poste, l’adjudant-chef a fini par prendre sa retraite, il a été remplacé par un adjudant qui ne s’occupe quasiment pas du service, Sauf pour réprimander Dubois lorsque quelque chose ne va pas. Son équipe a changée aussi, le caporal à quitter l’armée à la fin de son engagement, quant aux soldats ils ne restent généralement pas très longtemps à ce poste. Un autre caporal lui a été attribué, celui-ci est pire que le précédent, il fait du trafique de vêtements qu’il se débrouille à sortir pour les revendre hors de la caserne. Et bien évidemment lorsque les comptes ne tombent pas juste c’est la faute du sergent Dubois qui s’est encore trompé. Dubois a gentiment prévenu son caporal, puis un jour il en a eu mare ! Au moment de partir déjeuner il interpelle le caporal :
« Tu n’avais pas de pull ce matin en arrivant. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Que ce matin tu n’avais que ta chemise sous ton treillis. »
~7~
« Tu m’accuses de piquer des fringues ?! »
« Affirmatif. »
Le caporal se met en colère et commence à traiter Dubois de tous les noms, se demandant ce qu’il se passe l’adjudant sort de son bureau :
« C’est Dubois qui m’accuse de vol pour justifier les erreurs dans ses comptes mon adjudant ! »
« C’est une grave accusation ça Dubois, pouvez-vous prouver ce que vous avancez ? »
« Oui mon adjudant, regardez vous-même, il porte deux pulls. »
« Et alors ? J’avais froid en arrivant. »
« Et qu’y a-t-il dans ton sac ? »
« C’est personnel. »
« Ouvrez votre sac caporal. » Ordonne l’adjudant.
« Mais mon adjud… »
« Ouvrez votre sac c’est un ordre ! »
Le caporal s’exécute, et à l’intérieur du sac les deux sous-officiers découvrent deux treillis neufs.
« Avez-vous quelque chose à dire caporal ? »
« Mon adjudant je ne sais pas ce que ça fait là ! Ça doit être Dubois qui… »
« Sergent Dubois quand vous parlez de lui, un peu de respect envers vos supérieurs, vous venez de gagner dix jours d’arrêts, votre sergent me fera une liste de ce qu’il manque depuis votre arrivée dans le service et ça vous sera retenu sur votre solde. Rompez. »
Pour autant le sergent Dubois n’a pas eu de félicitations de la part de son supérieur, au contraire l’adjudant lui a demandé d’être plus vigilant à l’avenir enfin que ça ne se reproduise plus.
Quelques temps plus tard au mess des officiers un commandant, qui est chargé d’envoyer des hommes en assistance sur les lieux d’un séisme, en discute avec un capitaine. Un détachement de casques bleu, commandé par le colonel Lapierre, est déjà sur place ainsi qu’une première vague de civils escorté par un détachement militaire. Le commandant demande au capitaine de bien vouloir lui faire une liste, et au passage il suggère un sous-officier du nom de Dubois.
« Vous avez dit Dubois mon commandant ?! Le sergent Dubois ? Mais c’est un incapable ! Il accumule les conneries. »
« C’est souvent ce que j’ai entendu dire en effet. »
« Mais dans ce cas pourquoi voulez-vous le joindre à ce détachement ? Ils viennent de subir un séisme, croyez-vous qu’ils doivent supporter Dubois par-dessus le marché ? »
« Si je me base à toutes les conneries qu’il arrive à faire en une seule journée, on se trouve là en face d’un surhomme, il doit travailler plus de vingt heures par jour, même les weekends, en plus il est multi-présent car il peut faire deux conneries différentes à deux endroits différents ! »
« Peut-être qu’on lui attribue des fautes qu’il n’aurait pas commise, mais je vous assure que ce bœuf est une calamité. »
« Des bœufs on en a des tonnes, mais quand les fautes retombent toujours sur la même personne je me demande si ce n’est pas un bouc émissaire ou alors c’est bien superman, alors nous verrons bien si pendant son absence il n’y aura plus autant d’erreurs, à moins qu’il soit capable de les commettre ici-même depuis l’Afrique. »
« Mais s’il n’est pas à la hauteur là-bas ? »
« Faites-moi confiance il le sera, j’ai pris le loisir de lire son parcourt militaire, et je ne suis pas convaincu qu’il soit à la hauteur de sa réputation, ce n’est peut-être pas une lumière mais c’est un gars qui en veut, j’ai envie de lui donner sa chance. »
« Dans ce cas je le met sur la liste des hommes qui partent lundi prochain mon commandant. »
Le sergent Dubois est surpris lorsqu’il reçoit son ordre de transfert, il ne s’attendait pas du tout à quitter son service pour rejoindre une opération humanitaire.
Lui qui était habitué à un bâtiment avec des rayonnages il va se retrouve brusquement dans des toiles de tentes montées dans la hâte, avec une certaine pagaille dans les stocks.
~8~
Les arrivées et les distributions de couverture et autres articles n’ont pas été bien pris en compte dès le départ, l’officier chargé de la mise en place a très vite été débordé, et ça et là on pouvait entendre le nom de Dubois avant même son arrivée sur les lieux.
Le sergent Dubois se retrouve à diriger une équipe d’une quinzaine de soldats dont deux caporaux et un caporal-chef, il essai d’instaurer une discipline mais se rend vite compte que la pagaille prend vite de dessus. D’autant plus qu’il est souvent appeler pour gérer également le poste de transmission car ils ne sont que deux véritable transmetteurs dans cette compagnie de campagne, et l’autre a été affecté à l’équipe de reconnaissance.
Les transmissions c’est son domaine, mais depuis l’école militaire il n’a pas vraiment eu l’occasion de toucher aux postes émetteurs-récepteurs, il se re-familiarise assez vite avec le matériel mais s’aperçoit quand même qu’il a encore quelques lacunes.
Alors que Dubois essayait de donner un cours accéléré à un jeune sergent il entend une voix familière derrière lui :
« C’est pas vrai ! Tu es toujours dans l’armée toi ? »
Dubois se retourne et voit Tirondo, qui entre temps est passe sergent-chef.
« Ça fait plaisir de te revoir, félicitation, je vois que tu es passé chef. »
« Merci, mais c’était justifié, et tu verras que je ne tarderai pas à passer adjudant. »
« Je te le souhaite. »
La promotion rapide du chef Tirondo est sans doute due à son père le commandant Tirondo, c’est vrai cependant que le chef Tirondo a terminé major de la promotion, mais Dubois se souvient également que c’était lui qui l’avait laissé en plan lors des manœuvres inter-régiment, ce n’était que des manœuvres, mais sur le terrain on doit pouvoir compter les uns sur les autres.
En fin de semaine Dubois a fini de former le sergent qui doit tenir le poste de transmission, il n’est pas capable de gérer le poste à cent pour cent mais pour se servir de la radio il sera tout à fait compétant, ce qui lui permet à lui de gérer son équipe.
Une semaine plus tard le sergent formé par Dubois reçoit un message du quartier général les informant que des troupes rebelles tentent de profiter du désordre régnant à cause du séisme pour essayer de renverser le gouvernement, les ordres sont de rapatrier les ressortissants français civils jusqu'à l’ambassade et d’éviter tout conflit avec les rebelles autant que possible. Le capitaine Graivi voit là une manière de se retrouver au tableau d’honneur en interceptant les troupes rebelles avant qu’elles ne puissent prendre position, ce ne serait pas un conflit, mais une interception. Pour ça il a besoin de tous les hommes disponibles. Les civils français ne sont pas très nombreux, un seul car peut les transporter, et pour emprunter une route opposée aux troupes rebelles il n’y a pas besoin de beaucoup d’hommes d’escorte. C’est au sergent Dubois qu’il confit cette mission, il fait ainsi d’une pierre deux coups, il se débarrasse de la mission d’escorte et ne se retrouve pas avec Dubois dans les pattes quand ils vont attaquer les rebelles. Le sergent Dubois s’était rendu au poste de transmission pour expliquer au sergent la marche à suivre pour ranger le matériel.
« Surtout, très important, ne fais replier l’antenne qu’au dernier moment, nous sommes entourés de montagnes, les transmissions passent mal, sans l’antenne nous sommes coupé du quartier général. »
Puis après avoir confirmé par radio de son départ avec les civils, il va dans la foulée s’occuper de leur embarquement. Il a avec lui pour escorter les civils un caporal-chef et deux soldats, ce sont les seuls hommes que le capitaine lui a alloué.
A peine le car de civil quittait le camp que le chef Tirondo se servait du PC radio pour passer un appel GSM en France pour informer sa petite amie qu’il est sur le point de partir en opération et qu’il va certainement être cité au tableau d’honneur. Dès qu’il termine sa communication il donne l’ordre de replier l’antenne et de ranger tout le matériel dans le camion.
« Mais chef le sergent Dubois m’a dit de garder opérationnel le PC radio jusqu'à la dernière minute ! » S’exclame le sergent de garde.
« Dubois ne fait que des conneries ! Tu sais le temps qu’il faut pour tout mettre dans le camion ? Si nous perdons trop de temps les troupes rebelles auront passées le canyon et nous ne pourrons plus les prendre en embuscade. »
« Oui mais si nous sommes coupé du quartier général… »
~9~
« Ça suffit ! Je sais ce que je fais, je suis transmetteur moi aussi et plus gradé que Dubois, je te donne l’ordre de tout replier, on fait mouvement dans moins d’une heure. »
Pendant ce temps au quartier général un sergent informe son capitaine qu’ils reçoivent les images satellite :
« Mon capitaine, apparemment les troupes rebelles ne se dirigent pas vers la capitale. »
« Faites-moi voir ça. » Dit le capitaine en s’approchant des moniteurs.
« Regardez mon capitaine, on dirait qu’ils se dirigent vers le fleuve. »
« Vous avez raison, ils vont sans doute s’emparer des puis de pétrole… Nom d’un chien les civils vont droit sur eux ! Rappelez le PC humanitaire, ordonnez de joindre le car et de lui faire faire demi-tour ! Je vais informer le colon de la situation. »
Seulement sans la grande antenne il n’est plus possible de joindre le PC humanitaire qui s’apprête à partir à la rencontre de troupes qui ne seront pas là où ils comptent les prendre en embuscade. Par contre sans se douter de la situation le sergent Dubois roule en direction des rebelles.
Il n’y a que deux moyens de passer le fleuve dans cette région, un pont et bien plus en aval du fleuve un vieux ferry, c’est justement vers le ferry que le car de Dubois se rend. Les rebelles vont sans doute passer en majorité par le pont, mais les troupes françaises ne peuvent pas agir en terres étrangères sans en avoir reçu l’ordre, sauf bien sûr si des ressortissants français étaient en danger. A tout hasard le colonel Lapierre fait envoyer des blindés pour prendre position sur le pont et couper la route aux rebelles, mais sans avoir reçu l’ordre direct d’intervention ils devront les laisser passer.
Pendant ce temps le capitaine Graivi et sa compagnie prennent position sur les hauteurs d’un canyon pour tendre une embuscade à des troupes qui ne passeront pas par là. De leur position ils ont une vue plongeante sur le canyon, mais juste sur le canyon, les rochers leurs masque la visibilité sur la route qui mène au canyon. L’attente est longue, mais finalement un véhicule militaire se pointe a l’entrée du canyon et disparait derrière quelques rochers. Le bruit du moteur se rapprochant informe les soldats en embuscade qu’il ne va pas tarder à être dans leur champ visuel. Mais soudain un tir de semonce d’une mitrailleuse lourde retenti derrière eux ! Le véhicule militaire ne s’était pas engagé dans le canyon mais au contraire avait pris la route qui le surplombe, et à présent il avait toute la compagnie à découvert au bout de sa mitrailleuse ! Sans perdre une seconde le sergent lance un appel radio de détresse :
« QG de PC humanitaire, nous sommes attaqué par des rebelles ! Demandons renfort immédiat ! » Puis il donne sa position et comme les autres se redresse en levant les mains au dessus de sa tête.
Au quartier général c’est la confusion, les images satellite annonces les rebelles d’un coté et des troupes françaises se font attaquer de l’autre coté. Le colonel est tout de suite informé de la situation.
« Mais qu’est-ce que la compagnie humanitaire fout dans ce secteur ?! » S’exclame-t-il.
« Je ne sais pas mon colonel. » Lui répond le capitaine.
« Ok, allez les sortir de là prenez des hommes et deux hélicoptères de combat, mais à votre retour vous m’envoyez l’officier commandant cette compagnie que je tire ça au clair. »
« A vos ordres mon colonel. »
En quelques minutes un hélicoptère de transport de troupe et deux hélicoptères de combats arrivent en renfort, et c’est un renversement de situation. Se sentant en sous nombre les rebelles préfèrent se rendre que d’engager un combat perdu d’avance. Trois rebelles sortent de leur véhicule les mains en l’air alors que les hommes du capitaine Graivi ramassent un à un leurs armes.
« Qui commande cette compagnie ? » Gueule le capitaine en sortant de son hélicoptère.
« Capitaine Graivi, merci du coup de main. » Dit Graivi en s’avançant.
« Mais qu’est-ce que vous foutez là Graivi ? »
« Nous espérions stopper la progression des rebelles en les prenant en embuscade mais ils nous ont pris à revers. »
Le capitaine regarde en direction des rebelles, seulement trois hommes dans un véhicule de maintenance.
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« Vous venez de faire déplacer un commando et deux hélicoptères de combat pour trois hommes qui ont pris à eux seuls une compagnie qui ne devait pas se trouver là ! Je ne voudrais pas être dans vos rangers quand vous allez expliquer tout ça au colon mon vieux ! »
Une vingtaine de minutes plus tard le capitaine Graivi doit effectivement s’expliquer devant le colonel Lapierre.
« Nom d’un chien capitaine que foutiez vous avec vos hommes aussi loin de votre position ? Et sans nous en avertir en plus ! Vous êtes un bleu ou quoi ? »
« Mon colonel quand nous avons appris que les troupes rebelles allaient passer par là j’ai vu une opportunité des les stopper avant que… »
« Mais une intervention armée en terre étrangère risque de provoquer un incident diplomatique ! En plus nous avions une mauvaise info, les rebelles ne sont pas sur cette position, nous avons cherché à vous joindre sans aucun résultat. »
« Ça c’est encore un coup de Dubois… »
« Dubois ? »
« Le sergent Dubois, c’est une calamité, il a dû faire replier l’antenne trop tôt et du coup nous n’avons pas reçu les nouvelles instructions. »
« Vous êtes responsable de vos hommes mon vieux, bon on a plus important sur le feu, où se trouve le car qui transporte les civils ? »
« Il est en route pour l’ambassade mon colonel. »
« Oui ben ça je m’en doute, mais sur quelle route et à quelle hauteur se trouve-t-il ? »
« Je ne sais pas, avec Dubois au commendes… »
« Mais vous êtes incompétent ou quoi ?! Si ce Dubois est une couille de loup pourquoi lui avez-vous confié cette mission ? »
« Je voulais garder tous les hommes disponibles pour prendre les rebelles… »
« Mais ça ce n’était pas les ordres ! Les ordres étaient d’évacuer les civils, de les escorter jusqu'à l’ambassade, pas de les laisser derrière vous ! Et ils disposent de quel armement ? »
« Je ne suis pas sûr, je pense quatre FAMAS et un pistolet automatique. »
« C’est tout ! Mais ils vont se faire massacrer ! Il faut à tout prix leur porter assistance. Venez avec moi »
Le colonel amène le capitaine à la tente de transmission, le sergent transmetteur est un matheux, il pourra calculer la position approximative du car avec les indications que va lui donner le capitaine Graivi.
Le sergent fait un rapide calcul avec l’heure de départ du car et sa vitesse moyenne et détermine sa position approximative, mais au passage il signale un appel GSM passé depuis le PC radio après le départ du car de civils.
« Comment expliquez-vous que votre Dubois repli l’antenne alors qu’il avait déjà quitté le camp capitaine ? » Demande le colonel.
« Je ne sais pas mon colonel, c’était un peu la confusion alors… »
« Alors vous ne savez même pas se qu’il se passe parmi vos hommes, nous en reparlerons plus tard, mais nous n’en resterons pas là je vous le garanti. »
Pendant ce temps le sergent Dubois vient d’embarquer sur le ferry pour traverser le fleuve, le car étant une cible très facile à atteindre, par mesure de sécurité, il a demandé à ses occupants d’en descendre et de rester à couvert.
Dubois ne se sent pas très à l’aise, c’est une lourde responsabilité qu’il doit accomplir, il imagine le pire des scenarios, et justement quelque chose commence à le turlupiner. Depuis leur départ du camp le bruit de la jungle qui les entoure les accompagne, mais plus ils se rapprochent de l’autre rive et moins il y a de bruit.
« C’est normal, nous sommes sur l’eau, il n’y a plus d’animaux qui font du bruit. » Lui explique le caporal-chef.
« Je suis d’accord, mais comment expliques-tu que nous entendions encore un peu des bruit de la rive dont on s’éloigne et aucun bruit de celle dont on s’approche ? »
« Je n’en sais rien, où veux-tu en venir ? »
« Quelque chose effraie peut-être les animaux, c’est pour ça qu’ils restent silencieux. »
« Il y a peut-être un fauve qui leur fait peur. »
« Ou peut-être des humains. »
~11~
« Regardes, on ne voit personne. »
« Justement, si on ne voit personne c’est qu’ils sont planqués, et s’ils sont planqués c’est qu’ils sont dangereux… »
« Houlà ! Tu nous la joues comment là sergent catastrophe ? »
« Comment tu m’as appelé ? »
« Oui, sergent catastrophe, tu as une sacré réputation, et dis-toi bien que si le pitaine t’a confié cette mission c’est que n’importe qui pourrait la faire. »
« Et bien je te remercie de ta confiance, mais je compte la mener à bien cette mission et nous n’allons pas aller jusqu'à l’autre rive. »
« Quoi ?! Bien sûr que si on va sur l’autre rive, nous devons escorter les civils jusqu'à l’ambassade. »
« Mais pas par cette route, nous sommes responsables d’eux et sous armés si nous devions tomber dans embuscade. »
« Il n’est pas question de rebrousser chemin, le pitaine nous a donné un ordre et nous allons le suivre ! »
Pour prouver que ses doutes étaient fondés, Dubois ordonne à tous le monde de rester à couvert, puis il saisit son FAMAS et tire une courte rafale sur l’autre rive. Aussitôt c’est une riposte ! Le caporal-chef et les deux soldas saisissent tout de suite leurs armes et commencent à tirer.
« Cessez le feu ! Economisons les munitions ! » Ordonne Dubois.
Puis il ordonne au capitaine du ferry de virer de bord mais sans retourner de l’autre coté car il craint d'y rencontrer d’autre rebelles, il demande de descendre le fleuve en espérant pouvoir accoster plus loin. Une fois hors de porter de tir il veut informer le commandement de la position des rebelles, mais le capitaine du ferry lui dit que la radio est HS depuis déjà plusieurs années.
Le caporal-chef tente de passer un appel radio de son talkie-walkie mais la portée est bien trop courte.
« N’insistes pas, c’est un poste à courte portée, tout ce que tu peux joindre dans le secteur c’est ceux qui nous ont arrosés. »
« Mais nous devons joindre le commandement pour leur demander des renforts ! »
« Oui mais pas comme ça, trouves-moi du câble électrique. » Demande Dubois.
« Qu’est-ce que tu veux en faire ? » Lui demande le caporal-chef.
« Une antenne filaire. »
« Tu sais faire ça ? »
« Je suis transmetteur, c’est mon boulot. »
« Mais ça ne va pas griller le poste ? Nous n’avons que celui-là ! »
« Si on risque d’avoir un retour d’ondes stationnaires, et comme je n’ai pas de tosmètre pour régler l’antenne on risque de griller le poste, c’est pourquoi je vais passer l’appel en mors. »
« Mais on ne se sert plus du mors depuis des années ! »
« Je connais le mors, et je suis sûr qu’au QG il y aura un vieux chouf qui pourra prendre le message. »
Environ une demi-heure plus tard au quartier général le sergent appel le capitaine :
« Mon capitaine je reçois du mors ! »
« Et qu’est-ce que ça dit ? »
« Pas la moindre idée, je n’y comprends rien. »
« Bon poussez-vous de là. »
Le capitaine s’assoit à la place du sergent et commence à écrire :
« BT. Car de refugiés civils en difficultés, Rebelles massés rive gauche du fleuve niveau ferry BT. »
Aussitôt le capitaine demande à ce qu’on lui apporte quelque chose qui puisse lui servir de manipulateur de mors, c’est avec une pince a linge et deux capsules de canettes de bière que le sergent bricole un manipulateur, le capitaine esquisse un sourire en voyant le bricolage et se met tout de suite a répondre :
« BT Confirmez rebelles rive gauche niveau ferry BT. »
« Confirmation. »
« Quelle est votre position ? »
~12~
« Dérivons en aval suite à un tir ennemi. »
Le capitaine se redresse brusquement et s’exclame :
« Ils dérive en aval ! Il y a des rapides en aval n’est-ce pas ? »
« Affirmatif mon capitaine. » Lui répond le sergent.
« Merde ils filent droit dessus ! Faites venir le colon en vitesse. »
« Je suis déjà là capitaine, faites moi un topo. » Dit le colonel en entrant dans la tente.
« Mon colonel les rebelles ne sont pas en route vers le pont où nos hommes les attendaient, ils ont essayés de prendre le ferry mais il leur a échappé et descend le fleuve en direction des rapides. »
« Nom d’un chien il y a eu de la casse ? »
« Non mon colonel, je ne pense pas, mais ils ne peuvent pas remonter vers les rebelles ni descendre vers les rapides, et nos hommes sont bien trop loin au nord pour leur porter assistance. »
« Et les hélicoptères ne pourront pas agir dans la jungle, au contraire ils seront pris pour cibles, qui avons-nous dans ce secteur ? »
« La compagnie humanitaire était la seule dans le secteur. »
« Et cette pine de coucou de Graivi leur a fait faire mouvement dans l’autre sens ! »
« Nous pourrions tenter de les hélitreuiller ? »
« Non trop risqué sous les tirs ennemis éventuel, faites déplacer la compagnie de combat qui avait pris position au pont sur la rive gauche et demandez-leurs de prendre les rebelles à revers. »
« Une intervention armée mon colonel ? »
« Le ferry a essuyé des tirs n’est-ce pas ? »
« Affirmatif mon colonel. »
« Donc nous défendons nos ressortissants, ordonnez au sergent Dubois d’accoster dès qu’il le peut et de se mettre à couvert avec les civils, nous faisons notre possible pour les tirer de là au plus vite. »
« A vos ordres mon colonel. »
Puis le capitaine se remet à tapoter sur son manipulateur de fortune :
« BT Débarquez au plus vite avant les rapides, troupes trop loin pour porter assistance dans l’immédiat, cherchez chemin de repli éventuel ou sécurisez une zone d’attente BT. »
« BT Compris, terminé BT. »
Le sergent Dubois demande au capitaine du ferry où ils peuvent accoster en sécurité, puis il explique la situation à tous le monde, ensuite il se met à l’écart et cherche sur la carte s’il y a un moyen de se dégager de la en conservant le car.
Le caporal-chef le rejoint et lui tape sur l’épaule.
« J’ai des excuses à te faire. »
« Tu le sais bien dans l’armée on fait les choses ou on ne les fait pas mais on ne s’en excuse pas. »
« Oui mais quand même, je regrette de t’avoir appelé sergent catastrophe, à partir de maintenant c’est sergent nez-creux qu’on devra t’appeler car sans toi on tombait aux mains des rebelles. »
« Sergent Dubois suffira, ou Didier si tu veux, mais aides-moi plutôt à trouver une route pour nous sortir de ce guêpier. »
Tout en cherchant sur la carte le caporal-chef lui dit que le chef Tirondo leur avait parlé de lui avant son arrivée :
« Il nous a raconté comment il avait été fait prisonnier dans les manœuvre à cause de toi, c’est pour ça que je n’avais pas trop confiance dans ta stratégie. »
« Si le chef s’était trouvé là où je lui avais demandé de nous attendre on revenait tous sains et saufs, lui il s’est positionné là où c’était le plus logique, et comme c’était logique c’est logiquement là où l’ALAT a cherché en premier. »
« Mais c’était audacieux de se replier dans un canyon, c’est une vrai souricière. »
« Une souricière oui et c’est là qu’on nous aurait le moins cherché, de plus avec cinq sorties ils ne pouvaient pas couvrir les cinq à la fois. »
~13~
« Oui mais c’est un peu comme jouer à la roulette russe, tu ne savais pas laquelle aurait été couverte. »
« En tout cas pas celle qui donnait dans les bois en direction opposée à notre destination, ça nous permettait de nous évanouir dans la nature et ressortir très loin de là incognito, quant à la position qu’à voulu prendre Tirondo c’était jouer à la roulette russe avec un pistolet automatique. »
« C’est vrai qu’expliqué comme ça, ça se tient, mais alors pourquoi tu as avoué t’être trompé dans le rapport que tu as fait ? »
« Ha il vous a raconté ça aussi ? Je n’avais que très peu de chance de passer serpate, Tirondo avait toutes ses chances lui, même si je ne peux pas le saquer nous marchions dans la même équipe… Tiens là regardes ! Cette piste sur la carte. »
« Moui, ça a l’air praticable avec le car, mais ça va nous éloigner beaucoup. »
« Justement ce n’est pas là qu’on nous cherchera, mais pour le carburant ça ira ? »
« Je vais voir ça avec le chauffeur. »
D’après le chauffeur s’ils ne roulent pas trop vite le carburant devrait suffire.
La descente du ferry est un peu périlleuse car aucune structure n’était prévu à cet endroit pour accoster, ensuite il leur a fallu rouler dans des herbes hautes avant de rejoindre une piste qui n’était quasiment plus utilisée depuis plusieurs années, et une fois sur la piste il leur fallait être vigilant car les rebelles pouvaient sortir de n’importe où et les prendre pour cibles. Doucement mais assez surement le car suivait sa progression à travers la jungle, Dubois avait disposé ses hommes de façon à observer les alentours tout en roulant pour ne pas être pris au dépourvu en cas d’embuscade, tout en espérant que ça n’arrive pas car n’étant pas suffisamment armés ils ne pourraient opposer qu’une très faible résistance. Il avait embarqué avec eux le capitaine du ferry et les deux hommes d’équipage pour leur éviter de tomber aux mains des rebelles.
Un peu plus tard l’un des soldats demande discrètement au caporal-chef :
« Dit tu as confiance en lui ? Il parait qu’il n’est pas capable de prendre une décision sans se planter. »
« J’ai toute confiance en lui, et dis-toi bien que sans lui nous serions déjà des otages aux mains des rebelles. »
Pendant que le car progresse lentement sur la piste, le détachement n’est plus très loin d’arriver à la position des rebelles, pris entre le fleuve et l’armée française ces derniers se rendent sans trop opposer de résistance. La plus grosse menasse est désormais écartée, cependant des groupuscules peuvent encore se cacher dans la jungle.
Le lieutenant en charge de l’équipe d’intervention rend compte par radio du succès de l’opération et signale qu’il n’y a aucune trace des ressortissants français ni de leur escorte.
Au quartier général le capitaine en informe le colonel, ce dernier lui demande de lui faire amener une carte, ils la compulsent, et le colonel s’exclame :
« Là ! Ils ont dû emprunter cette piste. »
« En êtes-vous sûr mon colonel ? Cette piste ne les ramène pas vraiment vers la capitale. »
« Justement, je commence à le connaitre ce Dubois, il ne fait jamais rien comme tous le monde, et c’est justement parce que cette piste les éloigne de leur objectif qu’il a dû l’emprunter, envoyez un hélico de reconnaissance, leur radio est à trop courte portée pour nous joindre mais l’hélico pourra faire le relai. »
Aussitôt le capitaine prend place à bord d’un hélicoptère de reconnaissance et se dirige vers la piste indiquée par le colonel. Et une bonne heure plus tard il peut repérer sur la piste le car qui roule toujours à une allure lente pour économiser son carburant.
A bord du car le talkie-walkie se met à crachoter :
« Attention car de refugiés pour hélicoptère, me recevez-vous ? »
Le sergent Dubois s’empresse de prendre l’appareil et répond :
« Ici car de refugiés, je vous écoute hélicoptère. »
« Ça fait plaisir de vous entendre, quelle est votre situation ? »
« Aucun blesser n’est à déplorer, nous ne sommes pas suffisamment armés pour faire face à une attaque, et nous sommes court sur le carburant, nous avons avec nous l’équipage du ferry, qui ne sont pas des ressortissant français mais nous ne pouvions pas les abandonner derrière nous, pour le reste ça va. »
« Ok, sage décision, nous vous survolons en ce moment mais nous ne pouvons pas atterrir, je fais partir un détachement à votre rencontre mais il ne sera pas sur vous avant une bonne trentaine de kilomètres. »
~14~
« Ça devrait aller, on tiendra jusque là. »
« Nous restons en soutien à votre verticale, terminé. »
« Terminé. »
Dans le car c’est un soulagement, les civils applaudissent les quatre militaires qui ont donnés leur maximum pour les tirer d’affaire.
Un peu plus loin ils finissent par voir arriver un détachement militaire à leur rencontre, le car s’arrête, le sergent en descend et va à la rencontre d’un lieutenant, il le salut et se présente :
« Sergent Dubois, compagnie humanitaire, mes respects mon lieutenant. »
« Lieutenant Paulet, quatrième compagnie de combat, vous avez demandé du carburant et une assistance sergent ? »
« Oui mon lieutenant, je peux dire que je suis fichtrement heureux de vous voir. »
« Heureux également de vous trouver sains et saufs. »
Après avoir refait le plein de carburant et distribué des vivres le convoi repart en direction de la capitale pour rejoindre l’ambassade de France, c’est là qu’ils vont passer la nuit.
Des militaires avait été appelés en renfort à l’ambassade en cas de conflits avec les troupes rebelles. L’ambassadeur en personne vient féliciter Dubois et ses hommes. Après un bon repas, une bonne douche ainsi qu’une bonne nuit de sommeil, les voila revigorés et dès le lendemain matin les militaires rejoignent le quartier général de campagne à un peu moins d’une centaine de kilomètres.
A son arrivée le sergent Dubois a ordre de se présenter devant le colonel Lapierre.
« Sergent Dubois, compagnie humanitaire au rapport mon colonel. » Dit-il en saluant au garde à vous.
« Repos sergent. » Répond le colonel en lui rendant son salut, puis il lui tend la main en déclarant :
« Je suis heureux de serrer la main d’un sous-officier digne de ce nom sergent, vous avez fait preuve d’un grand professionnalisme, et vous avez permis de stopper l’armée rebelles avant qu’elle ne puisse tenter un punch contre le gouvernement de ce pays, je suis heureux de vous faire citer au tableau d’honneur sergent Dubois. »
« Si je peux me permettre mon colonel je n’étais pas tout seul, le caporal-chef et les deux soldats qui m’accompagnaient ont mérités aussi les honneurs. »
« Mais eux aussi seront cités sergent, ils le méritent également. Par contre pour vous, je crois que vous mériteriez mieux que l’habillement, dites-moi où vous désirez être muté et je vous promets que j’appuis des deux mains pour que votre mutation soit acceptée. »
« Je ne voudrais pas vous décevoir mon colonel mais je crois que mon travail à la CCS (Compagnie de Commandement et de Soutient) est important, peut-être pas très reconnu mais il faut bien que quelqu’un gère les stocks, et si les commandos sont bien assistés leur travail n’en est que meilleurs. »
« Soit, c’est vrai que pour un combattant il faut six hommes d’assistance dans son ombre, et vous avez raison sergent, même s’ils sont dans l’ombre, les compagnies de combats n’iraient pas très loin sans leur assistance. »
Dès sa sortie de la tente du colonel c’est le capitaine qui le prend à part :
« Sergent Dubois, vous avez fait un excellent boulot. »
« Je vous remercie mon capitaine. »
« A vous quatre vous avez permis de démanteler une armée rebelle alors que votre capitaine a réussit à se faire avoir avec toute sa compagnie par trois cuistots qui ramenaient du ravitaillement ! »
« Ils vont bien mon capitaine ? »
« Ho oui, ils ont fait déplacer un commando et deux hélicoptères de combat pour les tirer d’affaire, et vous connaissez la meilleure ? C’est le capitaine lui-même qui avait donné sa position en gardant sa chevalière au doigt, et oui, un éclat de soleil a averti les cuistots de leur présence ! Quand au chef Tirondo, il va devoir expliquer pourquoi il a fait replier l’antenne radio trop tôt privant ainsi le QG de communication avec la compagnie, ainsi que de l’utilisation de radio militaire à de fins personnelles, je ne suis pas certaine qu’il reste chef très longtemps. »
~15~
Quelques semaines plus tard le sergent Dubois retournait prendre son poste au 53 ème régiment de transmission, les autres militaires ne le regardaient plus de la même façon, ce n’était plus Dubois l’incapable, il était devenu une légende, le simple sergent fourrier qui avait réussit à sauver tout un car de civils en ne tirant qu’une seule rafale de semonce. Il avait prouvé que la stratégie était bien plus importante que les armes, et qu’une bonne stratégie, même improvisée, doit savoir sortir de la logique, car l’ennemi aussi connait la stratégie logique et peut l’anticiper.
Quelques temps plus tard Dubois a été nommé au gade de sergent-chef, puis adjudant, et c’est en tant qu’adjudant-chef qu’il a pris sa retraite vingt-quatre ans plus tard. Il a passé toute sa carrière militaire à l’habillement, car il se plaisait à dire que ce sont ceux de l’ombre qui ont la responsabilité de faire tourner la mécanique, sans les fourriers, les cuisiniers, les mécaniciens ou autres armuriers, les compagnies de combats ne seraient pas ce qu’elles sont.
John Collomb.
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