Leur troisième suspect est un biker de quarante-trois ans, il tient un bar qui fait également station service à une dizaine de kilomètres de la ville. C’est un bar isolé en bordure de route, il sert de siège social au club des rebelles de la route, une bande de motards qui aboient plus fort qu’ils ne mordent mais parmi eux quelques uns ont un casier. En particulier leur président qui à purgé trois ans de prison pour agression sexuelle sur l’une de ses serveuses. Sa peine avait été relativement légère compte tenu que le viol n’avait pas vraiment été prouvé. Lors d’une de leurs nombreuses fêtes, sous l’emprise de l’alcool et d’autres substances, il aurait eu un rapport sexuel non consenti, mais dans ce milieu un peu flou il n’avait pas été très facile de faire la part des choses. Seule la violence envers sa partenaire d’un soir avait été prise en compte, la jeune femme avait d’ailleurs retirée sa plainte et continuait à fréquenter le club des rebelles de la route.
Il est évident que leur entrée dans le bar n’est pas passé inaperçu, les deux officiers étaient les seuls à ne pas être habillés de cuir. Tandis que le lieutenant Bouchard marchait tranquille en direction du comptoir, Sophie sentait les regards pesant qui se portaient sur eux. Il est clair que leur arrivée avait fait un intermède, un silence pesant les accompagnait, les joueurs de billard se tenaient droit canne à la main, les joueurs de cartes les avaient reposées devant eux, quant aux verres de bière, ils restaient sur les tables. Debout derrière son comptoir Robert Goffert les regardait approcher, bien sûr tous avaient compris qu’ils étaient de la police. Ceux qu’ils ne savaient pas encore c’était la raison de leur présence, et comme bien la moitié avaient quelque chose à se reprocher, ça pouvait partir d’un pneu lisse qu’il aurait fallu déjà changer il y a longtemps, ou un défaut d’assurance, ou encore le non respect du code de la route, la plus part d’entre eux avaient dans leurs poches quelques substances que la loi reprouve, enfin quoi qu’il en soit la présence des policiers était loin de les rendre joyeux.
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Une semaine jour pour jour après le meurtre de la jeune femme inconnue, une seconde victime est à déplorer, et c’est de nouveau le même garde forestier qui a découvert le corps sur la même route. Aussitôt les policiers se rendent sur la scène de crime, cette fois-ci le capitaine Gouton accompagne ses deux lieutenants. Il s’agit encore d’une jeune femme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans assassinée en suivant le même mode opératoire, les policiers présument qu’elle a été également violée, mais ils doivent attendre le médecin légiste pour en avoir confirmation. Seul Bouchard approche le corps pour faire des photos, le piétinement de plusieurs personnes pourrait effacer à jamais des indices primordiaux. Tendis que Gouton interroge le garde forestier, d’une dizaine de mètres Sophie regarde pour tenter de repérer un élément quelconque qui pourrait faire avancer l’enquête. La jeune femme fronce les sourcils, puis elle appel Bouchard pour lui demander de lui montrer les photos de la victime. En faisant attention où il marche, son collègue la rejoint et fait défiler les photos sur l’écran de l’appareil.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Bon alors le site est basé à Paris, j’ai un pote des mœurs là-bas qui a été sur place, j’ai pu avoir tous les mots de passe, la victime numéro deux qui a pu être identifié par Gavernier se nome Céline Rochefort, vingt-quatre ans, elle résidait à Saint-Fermait, C’est à peine à dix kilomètres, elle est rentré en contacte avec le type du portrait robot il y a deux semaines, et en potassant leurs messages sur le site ils ont décidés de se rencontrer hier soir. Lui se nomme Maurice Bertaud, mais l’adresse qu’il a donné est fausse, c’est l’adresse de l’ancienne usine désaffectée sur les hauteurs de la ville, je suppose que son identité est fausse aussi, mais il avait mis quatre photos de lui sur sont profil, sur l’une d’elle il est près d’une voiture dont on voit pareillement le numéro, rien de dit que c’est la sienne mais ça vaut le coup de vérifier. Et j’ai grillé Gavernier au poteau en trouvant la victime numéro une dans ses contactes, elle se nomme Michèle Baudrier, vingt-cinq ans, elle résidait au vingt-huit rue Pelisserie dans un studio au troisième étage, ils avaient décidés de se rencontrer le soir du meurtre. Tout porte à croire que c’est bien notre homme. »
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

C’est dans l’après-midi qu’il se connecte sur le site de rencontre, aussitôt Bouchard trace son adresse IP. Elle semble venir de plusieurs coté à la fois, mais il n’y a pas que l’adresse IP qui se trace, la ligne utilisée a aussi son importance. C’est dans les films qu’il faut une minute de connexion pour repérer l’adresse, sinon toutes connexions de moins d’une minute ne pourraient pas être facturées. A partir du moment où Bouchard a cliqué pour placer un traceur toutes les données sont enregistrées, à partir de là, même si ça prend un peu de temps, il va savoir avec exactitude d’où part la connexion. Seulement quand bien même la technologie le lui permet il tombe sur un autre problème, le suspect utilise un modem portable. Il va bien sûr avoir sa position exacte, au mètre près, mais le temps qu’ils se rendent sur place il aura pu se déplacer. La seule solution est de le garder en ligne le temps de l’intervention mais sur le site de rencontre on n’y dialogue pas en directe, on s’y envoi des messages, messages aux quels on peut répondre plus tard. Les policiers n’ont pas le droit à l’erreur, si le suspect se sent traqué il va laisser tomber ce site et peut très bien passer par un autre site, il y en a tellement que les probabilités de le retrouver seraient quasi nul. De plus, quand bien même ils pourraient l’arrêter, ils ne seraient pas en mesure de prouver quoi que ce soit, tout ce qu’ils pourraient faire c’est de le placer en garde à vue pour l’interroger, aucune preuve matérielle ne le relie encore aux meurtres. Comme dans ses échanges de messages il ne projette pas encore de rencontrer sa prochaine victime Bouchard préfère prendre son temps pour lancer une intervention. De son coté Sophie vient d’être repéré par le suspect, il vient de visiter son profil, puis de voter pour elle, se qui veut dire qu’il a envie de rentrer en contacte.
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
C’est un peu plus d’une heure plus tard que le commissaire revient au commissariat avec un paquet-cadeau sous le bras, il a pris tout son temps pour choisir son ballon de foot, il faut dire qu’il y avait un grand choix de ballons, pendant ce temps il a pu observer les allés et venus du personnel, mais aucun d’eux ne ressemblait aux photos ni au portrait robot du suspect. Bien sûr ils pourraient toujours saisir les ordinateurs du magasin pour comparer les empreintes avec celles des billets saisis au restaurant, mais avec le risque de ne pas trouver le bon ordinateur, ou celui que les empreintes est été recouvertes par un autre utilisateur. Ils pourraient également prendre les empreintes de chacune des personnes présentes au magasin seulement ça ne prouverait simplement que le suspect a été au restaurant avec la première victime, l’étau se resserre, mais pas encore suffisamment pour déférer le suspect au procureur. Un faux pas, suivre une mauvaise piste, dévoiler trop tôt qu’ils se rapprochent, et leur suspect s’évanoui dans les méandres du monde virtuel. Le commissaire ne tient pas à prendre ce risque, il veut des preuves concrètes au moment de l’arrestation, et il les veut pour hier car il ne perd pas de vu que tant qu’il est en liberté le meurtrier peut récidiver. Ils le pistent sur un site de rencontre mais rien ne dit qu’il n’est pas inscrit sur plusieurs et qu’il n’est pas sur le point de commettre un autre meurtre.
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Alors qu’ils étaient encore en chemin le téléphone portable du commissaire sonne, c’est le capitaine Gouton qui préfère utiliser le téléphone plutôt que la radio, sachant qu’ils ont à faire à un petit géni de l’informatique et que quasiment n’importe qui peut se connecter sur la fréquence de la police il est préférable de passer par le téléphone cellulaire pour éviter d’éveiller des soupçons. Il lui annonce qu’il vient de découvrir que dans leurs messages ils avaient parlés d’une certaine Corinne qui avait travaillée au bar le Gambrinus, c’était donc certainement là le lieu du rendez-vous. La Mercédès du commissaire change de direction pour se rendre directement au bar, c’est encore mieux d’arriver les premiers, fondus dans la masse des consommateurs ils passeront plus inaperçus qu’en y arrivant en suivant le suspect. Ils s’installent à une table comme de simples clients et attendent en discutant.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
Sophie sait très bien que l’homme a l’intention de les tuer après les avoir violées, elles ont vu son visage il ne prendra pas le risque de les laisser l’identifier. Mais tant qu’il a son arme sur la tête de la jeune femme elle ne peut pas tenter quoi que ce soit, elle attache donc les poignets de la pauvre fille qui sent sa dernière heure arrivée. Ensuite il lui tend un second collier et lui ordonne de lui attacher les chevilles, Sophie n’a toujours pas le choix et obéi sans rien dire. Puis l’homme pousse violemment Martine qui tombe au sol en criant. C’est à présent au tour de Sophie, il lui ordonne de s’attacher les chevilles, la jeune femme s’appuie sur la voiture pour ne pas perdre l’équilibre et se penche en avant pour s’attacher, mais en se relevant elle pousse violemment la main de l’homme qui tient le pistolet. Le choc contre le montant du pare-brise lui fait lâcher son arme qui glisse sur le capot de la voiture.
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
Bouchard donne un coup de canif dans le collier de plastique qui entrave les chevilles de sa collègue et va délivrer Martine Vaudrix. Pendant ce temps les deux gendarmes ramènent l’homme menotté en l’aidant à marcher, la balle que Sophie avait tirée pour l’empêcher de fuir lui avait percé la cuisse de part en part. Ils sont assez vite rejoints par le commissaire et le capitaine Gouton, à qui bien sûr il faut faire un rapport détaillé des récents événements. Une vingtaine de minutes plus tard c’est une ambulance qui vient récupérer le blessé, il est conduit à l’hôpital en compagnie d’un des gendarmes et du lieutenant Bouchard, car l’arrestation du meurtrier étant commune entre les deux services ils s’en trouvent tous les deux responsable du prisonnier. C’est d’ailleurs la gendarmerie qui prend en charge le remorquage du quatre-quatre pour le livrer au service de la police scientifique. Les deux jeunes femmes sont ramenées en ville dans la voiture du capitaine Gouton. Malgré l’insistance du commissaire Martine Vaudrix ne tient pas à aller à l’hôpital, mise à part la peur de sa vie et une chute sur le sol, elle ne se tire pas trop mal de cette mésaventure.
Le lendemain au commissariat Sophie est à l’honneur, car en fait c’est elle qui a arrêté le tueur en série avant qu’il ne fasse d’autres victimes. A l’hôpital ils se sont aperçu que l’homme portait une perruque, de fausses moustaches, et des lentilles de contacte colorées, et aussi qu’il était rasé sur tout le corps. Dans les perquisitions de son appartement et de sa voiture les enquêteurs ont retrouvés le couteau qui avait servi au deux premiers meurtres, et leurs recherches ont révélées qu’il utilisait des gants de latex et une combinaison de plongée avec des fermetures à scratch pour ne laisser aucune trace d’ADN derrière lui, la combinaison avait été modifiée avec une ouverture sur le devant pour lui permettre d’opérer les viols. Ainsi vendeur au crane rasé et aux yeux bleus le jour, et dragueur aux cheveux brun et aux yeux marrons le soir, il attirait ses victimes par le biais du site de rencontre. Lancé sur une fausse piste avec un faux signalement, les policiers ne l’auraient sans doute pas retrouvé facilement si la jeune lieutenant Sophie Gavernier n’avait pas essayé de se faire des amis sur ce même site de rencontre.
 
 
 
 
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Peut-être est-ce une déformation professionnelle ? Ou de la simple observation ? Mais Sophie aime bien observer ce qui l’entour, regarder les attitudes des consommateurs, essayer de déterminer leurs professions d’après leurs tenues vestimentaire ou leurs façons d’agir. Le barman par exemple, environ vingt-cinq ans, BCBG, consciencieux dans son travail, souriant envers sa clientèle, pas d’alliance au doigt mais une belle chevalière en or, une chaine également en or autour du cou, un brillant à chaque oreille, il doit aimer trois choses, l’argent, la musique rock, et les jolies filles. A une table non loin de là, un homme d’environ quarante-cinq ans, costume cravate, bien coiffé et bien rasé, lisant un journal, pas de doute il travaille dans un bureau. Il lit un journal d’économie, il doit travailler dans ce domaine, banquier peut-être ? Il porte une alliance, donc il est marié, compte tenu de son âge et de sa position sociale il doit avoir des enfants, deux peut-être.
Sophie regarde le barman préparer le café, bien qu’il ait des gobelets à coté de la machine à café c’est sous le comptoir qu’il prend celui-ci, une fois fini il le pose sur le comptoir et regarde la jeune femme dans les yeux, celle-ci fait glisser un billet de cinquante euros jusqu’à la main du barman, il le prend et au lieu de se diriger vers la caisse il le glisse dans la poche de son pantalon, la jeune femme prend son gobelet de café et s’en va sans directement. Sophie est un peu étonnée car il ne lui a pas semblé le voir remettre la monnaie, après tout elle avait l’air d’être une habituée, peut-être est-elle venue lui rendre de l’argent qu’elle lui devait en venant prendre son café. Puis comme l’heure de son rendez-vous approche, il n’est plus temps d’observer son entourage, elle finit son café et quitte l’établissement à son tour.

_«Et bien nous étions sur les traces d’un suspect de viols suivi de meurtre, il sélectionnait ses victimes par le biais d’un site de rencontre sur internet, je suis intervenue au moment où il s’apprêtait à kidnapper sa prochaine victime dans un bar, mais ça ne s’est pas vraiment passé comme je l’avais espéré et nous avons été kidnappées toutes les deux. Il nous a conduites dans un bois, sous la menace de son arme il m’a forcé à attacher la jeune femme, et quand il a voulu que je m’attache les chevilles je lui ais obéi dans un premier temps mais avant qu’il ne m’attache les mains je l’ai désarmé et tenu en respect avec mon arme. A l’arrivée des gendarmes et de mon collègue, il a tenté de récupérer son pistolet, c’est alors que j’ai dû faire feu pour l’en empêcher. Mais je suppose que vous avez eu une copie de mon rapport. »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
De retour chez elle Sophie ne peut s’empêcher de penser au jeune homme dans le coma, comment a-t-il pu en arriver là ? Et lorsque qu’elle a dû se mettre dans le rôle d’une junkie en quête d’une dose de drogue elle aurait bien voulu pouvoir arrêter ce dealer tout de suite avant qu’il ne puisse faire d’autres victimes. Combien aura-t-il vendu de doses de cocaïne avant d’être mis hors d’état de nuire ? Combien de jeunes vont devenir accro avant qu’ils ne puissent enfin intervenir ? La jeune femme n’avait jamais vraiment été confrontée à la drogue auparavant, bien sûr lorsqu’elle était étudiante quelques joins circulaient à la fac, mais elle n’y avait même jamais goûté, sa drogue à elle c’était l’adrénaline qu’elle trouvait dans le sport. Elle a du mal à comprendre que des jeunes gens plein de vie aient envie de se détruire ainsi, et elle est révoltée d’en voir d’autre profiter de leurs naïvetés pour s’enrichir !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

_«Non mon grand, je cherche à te sauver la peau, tu ne nous intéresse pas, tu n’es qu’un dealer, nous c’est les têtes qu’on veut, et nous avons eu ce que nous cherchions avec la plus belle vue, pour nous ça s’arrête là. Mais quand les stups vont se mettre à interroger l’équipage certains vont vouloir négocier, Tu sais bien comment ça se passe ? Dans ce cas là on balance les moins dangereux pour éviter les retombées, et entre Maraguini et toi, si l’un s’en sort je ne parierais pas sur toi. Tu sais c’est comme au resto, il y en a un qui ne prend qu’une salade, et l’autre qui s’empiffre, puis quand faut payer la note comme par hasard il ne reste que celui qui a pris la salade. Réfléchis si tu veux payer ta salade ou toute la note. Mais je ne suis pas là pour te soutirer des infos, nous on a tout ce que nous voulions et de toute façon tout ce que tu peux me dire ne serait pas recevable puisque l’avocat de Maraguini n’est pas présent. »
Patrick Lautin signe une déposition où il reconnait ne plus vouloir être défendu par maitre Rochefaud, il reconnait également qui dealait de la cocaïne dans le coffee-bar, les doses de cocaïne étaient cachés dans le double-fond des gobelets que Louis Maraguini allait chercher chaque semaine à l’une des escales de la plus belle vue, après avoir vendu la drogue il remettait la recette à louis Maraguini qui allait blanchir l’argent dans différant casinos. Lorsque Corinne Valla est venu lui faire une scène à cause de l’overdose de Didier Maursin, Lautin lui a rendu visite à l’hôpital pour s’assurer que le jeune drogué ne les dénoncerait pas, mais aillant des doutes Maraguini et lui-même on préférés cacher toute la drogue dans un garage de location au nom de la copine du patron du coffee-bar.
 
 


 
 
 


 
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