|  Il est évident que leur entrée dans le bar n’est pas passé inaperçu, les deux officiers étaient les seuls à ne pas être habillés de cuir. Tandis que le lieutenant Bouchard marchait tranquille en direction du comptoir, Sophie sentait les regards pesant qui se portaient sur eux. Il est clair que leur arrivée avait fait un intermède, un silence pesant les accompagnait, les joueurs de billard se tenaient droit canne à la main, les joueurs de cartes les avaient reposées devant eux, quant aux verres de bière, ils restaient sur les tables. Debout derrière son comptoir Robert Goffert les regardait approcher, bien sûr tous avaient compris qu’ils étaient de la police. Ceux qu’ils ne savaient pas encore c’était la raison de leur présence, et comme bien la moitié avaient quelque chose à se reprocher, ça pouvait partir d’un pneu lisse qu’il aurait fallu déjà changer il y a longtemps, ou un défaut d’assurance, ou encore le non respect du code de la route, la plus part d’entre eux avaient dans leurs poches quelques substances que la loi reprouve, enfin quoi qu’il en soit la présence des policiers était loin de les rendre joyeux. « Bon alors le site est basé à Paris, j’ai un pote des mœurs là-bas qui a été sur place, j’ai pu avoir tous les mots de passe, la victime numéro deux qui a pu être identifié par Gavernier se nome Céline Rochefort, vingt-quatre ans, elle résidait à Saint-Fermait, C’est à peine à dix kilomètres, elle est rentré en contacte avec le type du portrait robot il y a deux semaines, et en potassant leurs messages sur le site ils ont décidés de se rencontrer hier soir. Lui se nomme Maurice Bertaud, mais l’adresse qu’il a donné est fausse, c’est l’adresse de l’ancienne usine désaffectée sur les hauteurs de la ville, je suppose que son identité est fausse aussi, mais il avait mis quatre photos de lui sur sont profil, sur l’une d’elle il est près d’une voiture dont on voit pareillement le numéro, rien de dit que c’est la sienne mais ça vaut le coup de vérifier. Et j’ai grillé Gavernier au poteau en trouvant la victime numéro une dans ses contactes, elle se nomme Michèle Baudrier, vingt-cinq ans, elle résidait au vingt-huit rue Pelisserie dans un studio au troisième étage, ils avaient décidés de se rencontrer le soir du meurtre. Tout porte à croire que c’est bien notre homme. » Quand au capitaine Bouchon, il a fait tout ce qu’il pouvait pour agrandir la photo et lire le numéro minéralogique de la voiture, mais il lui en manque une partie, alors par élimination il retire de sa liste de voiture potentielle celles qui ne correspondent pas aux numéros éventuels, les voiture d’une autre marque, puis dans la marque il les trie par modèle, et élimine celles qui sont trop vieilles, ou trop récente, mais ça lui laisse encore une longue liste, trop longue pour qu’il ne puisse tout vérifier tout seul, il va lui falloir de l’aide. C’est dans l’après-midi qu’il se connecte sur le site de rencontre, aussitôt Bouchard trace son adresse IP. Elle semble venir de plusieurs coté à la fois, mais il n’y a pas que l’adresse IP qui se trace, la ligne utilisée a aussi son importance. C’est dans les films qu’il faut une minute de connexion pour repérer l’adresse, sinon toutes connexions de moins d’une minute ne pourraient pas être facturées. A partir du moment où Bouchard a cliqué pour placer un traceur toutes les données sont enregistrées, à partir de là, même si ça prend un peu de temps, il va savoir avec exactitude d’où part la connexion. Seulement quand bien même la technologie le lui permet il tombe sur un autre problème, le suspect utilise un modem portable. Il va bien sûr avoir sa position exacte, au mètre près, mais le temps qu’ils se rendent sur place il aura pu se déplacer. La seule solution est de le garder en ligne le temps de l’intervention mais sur le site de rencontre on n’y dialogue pas en directe, on s’y envoi des messages, messages aux quels on peut répondre plus tard. Les policiers n’ont pas le droit à l’erreur, si le suspect se sent traqué il va laisser tomber ce site et peut très bien passer par un autre site, il y en a tellement que les probabilités de le retrouver seraient quasi nul. De plus, quand bien même ils pourraient l’arrêter, ils ne seraient pas en mesure de prouver quoi que ce soit, tout ce qu’ils pourraient faire c’est de le placer en garde à vue pour l’interroger, aucune preuve matérielle ne le relie encore aux meurtres. Comme dans ses échanges de messages il ne projette pas encore de rencontrer sa prochaine victime Bouchard préfère prendre son temps pour lancer une intervention. De son coté Sophie vient d’être repéré par le suspect, il vient de visiter son profil, puis de voter pour elle, se qui veut dire qu’il a envie de rentrer en contacte. C’est un peu plus d’une heure plus tard que le commissaire revient au commissariat avec un paquet-cadeau sous le bras, il a pris tout son temps pour choisir son ballon de foot, il faut dire qu’il y avait un grand choix de ballons, pendant ce temps il a pu observer les allés et venus du personnel, mais aucun d’eux ne ressemblait aux photos ni au portrait robot du suspect. Bien sûr ils pourraient toujours saisir les ordinateurs du magasin pour comparer les empreintes avec celles des billets saisis au restaurant, mais avec le risque de ne pas trouver le bon ordinateur, ou celui que les empreintes est été recouvertes par un autre utilisateur. Ils pourraient également prendre les empreintes de chacune des personnes présentes au magasin seulement ça ne prouverait simplement que le suspect a été au restaurant avec la première victime, l’étau se resserre, mais pas encore suffisamment pour déférer le suspect au procureur. Un faux pas, suivre une mauvaise piste, dévoiler trop tôt qu’ils se rapprochent, et leur suspect s’évanoui dans les méandres du monde virtuel. Le commissaire ne tient pas à prendre ce risque, il veut des preuves concrètes au moment de l’arrestation, et il les veut pour hier car il ne perd pas de vu que tant qu’il est en liberté le meurtrier peut récidiver. Ils le pistent sur un site de rencontre mais rien ne dit qu’il n’est pas inscrit sur plusieurs et qu’il n’est pas sur le point de commettre un autre meurtre. | |  Peut-être est-ce une déformation professionnelle ? Ou de la simple observation ? Mais Sophie aime bien observer ce qui l’entour, regarder les attitudes des consommateurs, essayer de déterminer leurs professions d’après leurs tenues vestimentaire ou leurs façons d’agir. Le barman par exemple, environ vingt-cinq ans, BCBG, consciencieux dans son travail, souriant envers sa clientèle, pas d’alliance au doigt mais une belle chevalière en or, une chaine également en or autour du cou, un brillant à chaque oreille, il doit aimer trois choses, l’argent, la musique rock, et les jolies filles. A une table non loin de là, un homme d’environ quarante-cinq ans, costume cravate, bien coiffé et bien rasé, lisant un journal, pas de doute il travaille dans un bureau. Il lit un journal d’économie, il doit travailler dans ce domaine, banquier peut-être ? Il porte une alliance, donc il est marié, compte tenu de son âge et de sa position sociale il doit avoir des enfants, deux peut-être. La semaine suivante quand le lieutenant Gavernier se rend à son rendez-vous elle a quelques informations supplémentaires, le barman par exemple, il se nôme Patrick Lautin, il à un casier, il a trempé dans des vols de voitures il y a quelques années, mais rien depuis. Et Louis Maraguini, le patron du coffee-bar, il a également eu quelques démêlés avec la justice mais a bénéficier d’un non lieu. Quant à son psy, rien de particulier, il exerce à son cabinet et possède une clinique privée, il n’est absolument pas connu des services de police, si ce n’est qu’il est recommandé par la préfecture. _«Non mon grand, je cherche à te sauver la peau, tu ne nous intéresse pas, tu n’es qu’un dealer, nous c’est les têtes qu’on veut, et nous avons eu ce que nous cherchions avec la plus belle vue, pour nous ça s’arrête là. Mais quand les stups vont se mettre à interroger l’équipage certains vont vouloir négocier, Tu sais bien comment ça se passe ? Dans ce cas là on balance les moins dangereux pour éviter les retombées, et entre Maraguini et toi, si l’un s’en sort je ne parierais pas sur toi. Tu sais c’est comme au resto, il y en a un qui ne prend qu’une salade, et l’autre qui s’empiffre, puis quand faut payer la note comme par hasard il ne reste que celui qui a pris la salade. Réfléchis si tu veux payer ta salade ou toute la note. Mais je ne suis pas là pour te soutirer des infos, nous on a tout ce que nous voulions et de toute façon tout ce que tu peux me dire ne serait pas recevable puisque l’avocat de Maraguini n’est pas présent. » | |